Bolloré contre le cinéma français, encore : dialogue avec Caroline Deruas Peano
emmanuel burdeau
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Je suis critique de cinéma, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma. Je donne ici à la critique toute la place et toute la liberté dont elle manque tant aujourd'hui. Je le fais de toutes les façons possibles : texte, son, image.
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Bolloré contre le cinéma français, encore : dialogue avec Caroline Deruas Peano
Épisode 21. Après Isabelle Regnier puis Marina Déak, c'est au tour de la réalisatrice des « Immortelles » de faire le point sur la lutte et les débats en cours.
juin 24, 2026
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Il y a un mois, pendant le festival de Cannes, Isabelle Regnier laissait 13 vocaux au standard du Burdstack. C’était, on s’en souvient peut-être, toute une affaire. Il y a trois semaines, Marina Déak expliquait quels développements post-cannois était en train de connaître la lutte opposant d’un côté le cinéma français – non pas en entier, mais pour part importante – et de l’autre Vincent Bolloré et à Canal +. (Dans la foulée, le court métrage de MD intitulé Les Profondeurs était rendu disponible ici même, expérience qui pourrait bientôt être renouvelée).
Aujourd’hui c’est au tour de Caroline Deruas Peano d’être l’invitée du podcast. Ce vingt-et-unième épisode est donc le troisième d’une sorte de feuilleton dont CDP dit au cours de notre conversation qu’à son sens il n’en est encore qu’à ses débuts. Sans doute se ralentira-t-il un peu pendant l’été, mais de nouvelles rencontres, en particulier intersectionnelles, sont déjà prévues pour la rentrée.
SD – encore lui – avait un beau mot pour désigner le genre de travail consistant à faire régulièrement le point sur une même question, afin de pouvoir mesurer ce qui, chez elle, demeure et ce qui, à l’inverse, évolue. Il parlait de suivi. C’est bien de cela qu’il s’agit ici : assurer semaine après semaine le suivi de ce qui se joue entre d’un côté le cinéma français – non pas en entier, mais une partie importante – et de l’autre Vincent Bolloré et Canal +. Suivi qui nous apparaît d’autant plus important à faire que la mobilisation née à Cannes aurait très bien pu retomber et prendre fin en même temps que le festival.
Or non seulement il en est allé autrement, mais CDP explique très bien comment les enjeux ne cessent de se relancer et d’agrandir leur cadre. Enjeux propres au cinéma français, avec notamment les discussions très récentes et assez houleuses, semble-t-il, au sein de la SRF. Enjeux à l’intérieur du monde plus large de la culture, où des rencontres avec l’édition et le théâtre sont en cours. Enjeux liés enfin à l’actualité politique au sens large, à moins d’un an de l’Élection Présidentielle et alors qu’à ce jour, la France Insoumise reste la seule formation politique à avoir inscrit à son programme le démantèlement de l’empire Bolloré.
C’est en écoutant Caroline Deruas Peano prendre la parole le 19 mai sur le plateau de Mediapart que j’ai eu envie de lui proposer d’être l’invitée du podcast. Sans doute aurais-je de toute façon pensé à elle, car CDP fait partie des réalisatrices dont l’engagement est aujourd’hui le plus fort. Quelque chose dans sa manière à la fois claire, ferme et enjouée de s’exprimer m’a retenu. On le sait : il ne suffit pas d’apprécier ce qu'une personne dit ; il faut encore être sensible à ce que cette personne incarne ou projette en parlant.
Conviction et lumière. On retrouve les deux dans l’échange ci-dessous. Conviction que le cinéma et la politique sont entrés dans une nouvelle phase de leur rapport : CDP ne le dit pas en ces termes, mais il me semble qu’elle le suggère assez nettement. Et lumière tirée de la joie trouvée dans la lutte, de l’espoir que celle-ci porte ses fruits, de l’évidence que, dès à présent et sans se présumer de son résultat, cette lutte aide à mieux vivre – CDP, à plusieurs reprises, parle d’« alignement ».
Caroline Deruas Peano est, pour beaucoup, une figure familière. Elle est scénariste, en particulier pour Philippe Garrel et pour Valéria Bruni-Tedeschi. Elle a été scripte, en particulier pour Yann Gonzalez. Elle est surtout réalisatrice. Deux longs métrages à ce jour : L’Indompté en 2017 et Les Immortelles, sorti en février de cette année. J’avoue ne pas les avoir vus. Jamais je ne l’ai tant regretté qu’aujourd’hui.
Après notre discussion, CDP m’a indiqué avoir oublié de mentionner l’ADA, parmi les collectifs ayant désormais rejoint les signataires de la tribune « Zapper Bolloré ». L’ ADA est l’Association des Acteur.ices. On a récemment pu entendre, notamment ici, les prises de position de deux de ses représentantes, Ariane Labed et Léna Garrel. L’une ou l’autre pourrait-elle être l’invitée d’un prochain épisode ?
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